Une Histoire

L’oeuvre de la congrégation

L’ambition de Charles Démia était d’instruire, d’éduquer et d’évangéliser les jeunes laissés pour compte de la ville de Lyon. Ce projet éducatif ambitieux pour son époque était centré autour de grands axes : des écoles gratuites, ouvertes aux filles comme aux garçons pour apprendre la lecture, l’écriture, le calcul, la catéchèse et la vie liturgique. une volonté d’intégration sociale par l’éducation à la citoyenneté et l’apprentissage d’un métier.

La communauté des maîtresses d’école devenue aujourd’hui la Congrégation des soeurs de Saint Charles poursuit son oeuvre dans le centre et le sud de la France ainsi que dans d’autres pays. Fidèle au charisme de Charles Démia, elle oeuvre dans différents projets variés et novateurs : en Europe : des écoles primaires et secondaires, un enseignement général et professionnel, des instituts médico-pédagogiques, des classes d’intégration pour autistes, des nouvelles structures pédagogiques et éducatives. au Brésil :ouverture en 1965 d’un collège à Ivaipora (Parana) et en1999 des premières classes d’un ensemble scolaire à Maringa (Parana) comprenant crèches, classes primaires et secondaires. La communauté religieuse et les équipes pédagogiques accomplissent là-bas un travail d’instruction, d’éducation et d’évangélisation des enfants.

Petite histoire du collège Saint Charles

L’ordre des Franciscains ou Cordeliers ou Frères Mineurs* s’installe en Arles dès 1218, dans un premier temps près de la porte de la Roquette, puis à Trinquetaille, sous la protection d’Hugues des Baux. Toutefois, il faut attendre 1365, pour voir le transfert définitif du couvent des Frères Mineurs à l’emplacement actuel du collège. De ce couvent, il ne reste aujourd’hui que le clocher de Saint Charles, construit par Pierre La Chapelle en 1469. Situé entre le Théâtre Antique et l’Amphithéâtre romain, il est caractéristique des clochers de style gothique, à tambour octogonal. Point culminant de la ville d’Arles, il a été restauré durant l’année 1997. Sa hauteur est de 57m.

Une chapelle a été adossée au chevet du clocher par la confrérie des Pénitents Gris* et consacrée en 1562. Dans cette chapelle, nous pouvons toujours admirer sur deux travées d’ogives, un ensemble de peintures relatives au Pater Noster (1), caractéristique de la fin du XVIIème siècle. Seuls le clocher et ces fresques survécurent à la Révolution et à l’Empire. En 1818, la congrégation des Soeurs de Saint Charles, sollicitée par la ville d’Arles, envoie des religieuses enseignantes pour diriger une école de jeunes filles pauvres. C’est en 1883 qu’elles deviennent propriétaires des murs de notre collège et qu’elles s’y installent définitivement. Des travaux d’agrandissement aboutissent à un nouveau bâtiment d’études en 1884. On doit également à la congrégation l’acquisition de la Villa Romana qui est ajoutée au reste de l’établissement. Entre 1995 et 1997, le clocher, la chapelle, et la villa sont classés au Catalogue des Monuments Historiques. En 2002, une aile supplémentaire reliant la Villa Romana au bâtiment ouest, vient compléter l’ensemble.

La congrégation des soeurs

La Congrégation* des soeurs de Saint Charles a été fondée à Lyon en 1680, sous le patronage de Saint Charles Borromée*, par Charles Démia. Ce dernier fut à Lyon le créateur et l’organisateur de l’Enseignement primaire et gratuit pour les enfants pauvres : les  » petites écoles « . Dans un premier temps, elles étaient réservées aux garçons et l’enseignement était confié à des maîtres. Mais en 1675, s’ouvrent les premières écoles de filles. Les soeurs enseignantes regroupées en communauté sont au nombre de 13 à la mort de Démia en 1689.

De 1680 à 1791, la Congrégation se développe lentement. A l’origine les Soeurs s’appelaient indifféremment « soeurs de Saint Charles » du nom du saint Patron de leur fondateur ou « soeurs de la doctrine chrétienne ». Pendant la révolution, la congrégation dirigée par la Révérende mère Sicard est supprimée par les autorités civiles. Les soeurs sont dispersées et les biens de la congrégation confisqués. En 1802, les anciennes compagnes de la Révérende mère Sicard qui ont survécu, se remettent sous sa direction et s’installent au Petit-collège, situé dans l’actuel 5ème arrondissement de Lyon. A ce moment là, elles ne sont plus que 16 pour rouvrir les écoles chrétiennes primaires. La Congrégation renaissante s’installe définitivement en 1808 dans le centre de Lyon, Montée des Carmélites. A partir de 1832, les soeurs prononcent des voeux perpétuels en remplacement des simples promesses.

L’activité de la Congrégation ne se limite pas au diocèse de Lyon. Elle s’étend sur une grande partie du sud-est : Marseille, Avignon, Montpellier, Arles,… Au début du XXème siècle, on compte 2285 Soeurs de Saint Charles. De 1901 à nos jours, la Congrégation a augmenté autant que possible la portée de ses oeuvres de bienfaisance : à l’étranger par exemple, notammenten Suisse, en Italie et au Brésil où elle a étendu son action depuis 1937. Aujourd’hui, elle compte là-bas cinq communautés centrées sur l’enseignement, la catéchèse, la pastorale, un Noviciat* y est établi.

Charles Démia

Charles Démia naît en 1637. Il grandit dans une époque troublée : le roi de France Louis XIII et son ministre le cardinal de Richelieu tentent d’imposer un pouvoir absolu. La noblesse se sentant menacée, on assiste à des révoltes et à des conspirations. Elles aboutiront en 1648, à une guerre entre la régente Anne d’Autriche, le cardinal Mazarin et les grandes familles nobles : c’est la Fronde. Le futur Louis XIV n’a que dix ans. D’autre part et malgré les efforts de conciliation depuis la proclamation de l’Edit de Nantes* en 1598, la paix religieuse ne dure pas. La France est touchée par la « guerre de Trente ans » qui, dans toute l’Europe, oppose les souverains catholiques et protestants.Partout dans le pays, c’est la misère. Les impôts sont exorbitants. Il faut nourrir l’effort de guerre imposé successivement par Richelieu puis par Mazarin, et le roi lui-même. Les villages sont mis à sac, les récoltes sont mauvaises, la disette ravage les campagnes, le commerce stagne, la peste est omniprésente. En ville, la mendicité et l’insécurité ne cessent d’augmenter. Telle est la situation de l’époque, lorsqu’en 1663, Charles Démia est ordonné prêtre. C’est dans le diocèse de Lyon qu’il débute son sacerdoce*. Il participe à un grand mouvement de rechristianisation des campagnes et de rénovation du clergé.

Au cours de ses randonnées, il découvre avec émoi, en plus de toutes les souffrances que subit le pays, la grande ignorance des enfants du peuple. Pour lui, sans instruction il ne peut y avoir de formation religieuse possible. De là naît sa dernière vocation : se consacrer à l’éducation des enfants les plus démunis. Charles Démia fonde sa premire école de garçons en 1667, à Lyon dans le quartier populaire de Saint Georges, près des quais du Rhône. A son oeuvre éducative auprès des enfants pauvres et des domestiques s’ajouterala volonté d’aider, de secourir, d’accompagner spirituellement les plus démunis ; l’instruction et la charité devant permettre de mieux assurer le salut de leur âme. L’oeuvre de Charles Démia se situe donc au coeur de son époque. Comme avant lui Saint Vincent de Paul, il consacre toute sa vie et toute son oeuvre à l’éducation, à la charité et aux pauvres, sans ménager sa peine, et en restant fidèle à la devise qu’il s’était choisi : « evangelisare pauperibus misit me » (Il m’a envoyé évangéliser les pauvres »)

(1) fresques illustrant la prière du « Notre Père ».
*Franciscains : L’ordre des religieux Franciscains, aussi appelés Cordeliers ou Frères Mineurs, a été fondé probablement vers 1209 par Saint François d’Assise avec la bénédiction du pape Innocent III.
*Pénitents Gris : Confrérie fondée en Provence par les Franciscains etqui regroupait des civils et des ecclésiastiques voulant faire acte de pénitence.,Leur tenue était grise.
*Edit de Nantes : (13 avril 1598) Décision royale prise par Henri IV qui rétablit le catholicisme en France mais qui donne le droit aux protestants de pratiquer leur culte.
*Sacerdoce : Fonction qui présente un caractère respectable en raison du dévouement qu’elle exige.